Diagnostiquer une DAC

Écrit par Dr Pascal Prélaud.


Les premiers cas de dermatite atopique canine ayant été décrits chez des animaux présentant des réactions d'hypersensibilité immédiate à des aéroallergènes (pollen d'ambroisie), on a longtemps limité le diagnostic de cette dermatite prurigineuse à la seule observation de tests allergologiques positifs, qu'il s'agisse d'intradermoréactions (tests cutanés) ou de tests biologiques (dosages d'IgE spécifiques). Or, cette sensibilisation n'est pas systématique chez les animaux atopiques et peut être observée chez un quart des animaux non atopiques. En fait, tout comme celui de la dermatite atopique humaine, le diagnostic de la DAC repose essentiellement sur la convergence de critères anamnestiques et cliniques. Le diagnostic clinique de la DAC ne se limite pas à la recherche de critères de diagnostic. Il est indispensable d’effectuer un diagnostic différentiel, un diagnostic des complications et de définir la gravité de l’atteinte (à des fins thérapeutiques).



Quand y penser
 ?

  • Otite externe récidivante
  • 
Pododermatite bilatérale

  • Furonculose interdigitée récidivante

  • Chéilite
 inférieure
  • Pyodermite récidivante
  • 
Dermatite à Malassezia récidivante

  • Inflammation récidivante des grands plis

  • Prurit corticosensible
  • 
Hot spot récidivant
  • 
Hyperhidrose

  • Trouble de la cornéogenèse généralisé prurigineux chez un jeune chien
  • Prurit facial ou podal a lésionnel

formes mineures

Formes graves


Critères de diagnostic (forme classique)


Critères de diagnostic majeurs de la dermite atopique canine

diag-1

Quelques questions et un examen clinique sommaire permettent de poser un diagnostic de DAC avec une quasi certitude, si l'on a préalablement éliminé l'hypothèse d'une ectoparasitose. En effet, l'observation d'au moins trois critères majeurs a une sensibilité et une spécificité diagnostiques d'environ 80%.


Certains critères sont considérés comme mineurs soit parce qu'ils sont d'une reproductibilité assez faible (pelage terne), soit parce qu'ils sont très spécifiques mais trop peu sensibles :


  • hyperhidrose,

  • lésions du pli du jarret,

  • dermatite de léchage,

  • antécédents d'urticaire ou d'angiœdème,

  • aggravation saisonnière,

  • aggravation lors de passages dans l'herbe,

  • variation des symptômes en fonction du lieu de séjour,

  • antécédents familiaux
    • Limites des critères de diagnostic
    • 
L’utilisation de tels critères est surtout difficile dans les cas graves de dermatite atopique, lorsqu’existent des troubles de la cornéogenèse étendus. C’est le cas par exemple souvent chez le West Highland White terrier, le cocker américain ou le shar-peï. Chez ces animaux, les troubles de la cornéogenèse ne sont pas systématiquement primaires et répondent souvent bien à une immunothérapie non spécifiques (ciclosporine). D’autre part, lorsque les surinfections sont contrôlées on peut fréquemment observer chez ces animaux les localisations de lésions primaires correspondant aux critères majeurs de diagnostic de la DAC.



Diagnostic différentiel


Ectoparasitoses


La gale sarcoptique est le principal élément du diagnostic différentiel dans la mesure où cette ectoparasitose est fréquemment corticosensible et où les lésions présentent de nombreuses localisations communes. Toutefois, lors de gale sarcoptique, il existe des lésions typiques de papules croûteuses (boutons de gale), la localisation des lésions est différente, extérieure (coudes, bords des pavillons auriculaires) et le prurit est fréquemment très violent. Enfin, l’historique permet fréquemment de mettre en évidence des contacts récents avec des congénères, voire une contamination humaine. Si les raclages ne permettent pas d’émettre en évidence des œufs ou des Sarcoptes et qu’un doute diagnostic persiste, un diagnostic thérapeutique peut raisonnablement être envisagé dans la mesure ou le traitement est aujourd’hui simple. On peut aussi effectuée une sérologie de la gale (laboratoire VEBIO, www.vebio.fr).

Lors de trombiculose, les localisations sont toujours évocatrices de celles d’une DAC, mais l’isolement du parasite est aisé, sauf lors de pododermatite.

La démodécie est cliniquement très polymorphe. Le prurit est fréquemment présent dans les formes surinfectées. Elle est envisagée dans le diagnostic différentiel de la DAC lors d’atteinte des lèvres et des doigts. Le mimétisme clinique est particulièrement frappant chez le West Highland White terrier.



Autres Dermatites allergiques

  • 
DAPP : La localisation des lésions est très différente. L’aggravation d’une DAC par des piqûres de puces n’est pas synonyme de DAPP et ne remet pas en cause le diagnostic de DAC.

  • Dermatite de contact: les localisations sont assez proches de celles d’une DAC et l’association des deux n’est pas impossible.



Autres


  • Chez le chien âgé le diagnostic différentiel avec un lymphome cutanéomuquex T épithéliotrope peut être difficile, lors d’érythème généralisé associé à un prurit

  • Chez les chiens de petite race, notamment cavalier King Charles, Yorkshire terrier et bouledogue français, le diagnostic différentiel avec une syringomyélie peut être difficile (prurit cervical ou facial corticosensible). En cas de doute, le recours à une IRM est indispensable

  • Lors d’otite moyenne, il peut exister un prurit facial alésionnel mimant une dermatite atopique.

  • Certaines activités de substitution ou des rituels peuvent mimer les manifestations cliniques d’une DAC, c’est le cas du léchage anal ou des membre lors de troubles du comportement.

Diagnostic différentiel de la DAC; *peuvent être des complications de DAC

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Diagnostic des complications [+ d'infos] 

(lien sur : Diagnostic des complications infectieuses)


Pyodermite superficielle


On recherche essentiellement les lésions d’érythème abdominal, de papules, de croûtes et de collerettes épidermiques



Pyodermite profonde localisée


es complications sont surtout observées chez les animaux de race à poils ras. Il s’agit de furonculose au niveau des carpes ou des tarses (qu’il faut différencier de lésions de dermatite de léchage compliquées d’une pyodermite profonde) ou de furonculose interdigitée.



Dermatite à Malassezia


Le diagnostic de dermatite à Malassezia repose avant tout sur l’isolement de nombreuses levures dans les zones où cette complication est la plus fréquente : grands plis (cou, ars, région inguinale), anus, espaces interdigités.

Otite suppurée

Il est indispensable de toujours vérifier l’état des conduits auditifs externes et effectuer un examen cytologique auriculaire.